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Interview Jennifer Brun, décoratrice

Avec son parcours d’acheteuse et styliste pour de grands concept-stores comme Smallable ou Merci à Paris, Jennifer Brun a l’habitude de développer des concepts et des marques. Elle s’est naturellement vu confier la décoration des parties du Château dédiées aux séjours bien-être. Rencontre avec une épicurienne, passionnée de décoration.

Bonjour Jennifer, peux-tu nous en dire un peu plus sur toi ?

J’adore recevoir, cuisiner, faire de jolis lits, des belles tables, sortir la belle vaisselle même pour un apéro pique-nique-table-basse, allumer les bougies, mettre de la musique, danser, refaire le monde jusqu’à pas d’heure, rêver ensemble, rire… En bref, faire en sorte que mes invités se sentent bien dans les maisons, qu’ils aient envie de rester et d’y revenir.

Pour ce qui est des vacances, j’adore les passer en tribu, chacun fait sa vie et on se retrouve toujours à table ou ailleurs pour partager des moments, papoter. Ces moments magiques où le temps est suspendu, avec l’impression de ne pas avoir de contraint. Je pense aussi que le pilier des relations, professionnelles comme personnelles c’est la confiance. Je fais volontiers confiance et j’ai besoin qu’on me fasse confiance pour donner le meilleur, c’est la base pour moi !

Tu fais du consulting pour des grandes marques mode, beauté et maison en free-lance, quel est ton parcours ?

J’aide à développer des concepts et des marques. Comme j’ai un parcours de Directrice marketing-achats, il m’est très naturel de gérer des projets comme le Château Malromé, créer des lieux de vie, des ambiances simples où se sent bien. Je privilégie toujours le ressenti, l’ambiance, le confort, la durabilité des meubles et objets dans le temps versus le total-look-à-la-mode qui me parle moins.

J’aime quand c’est intemporel, élégant mais vivant ! J’ai une passion pour le textile et absolument horreur des matières plastiques et des meubles trop conceptuels. Les tendances pour les tendances m’ennuient, même si bien sûr je les connais. Les atmosphères lisses et épurées me glacent. Ni trop surchargé, ni trop aseptisé, j’aime privilégier l’équilibre d’un charme épuré, les petits accidents, les choses pas ultra parfaites ! Je ne regarde pas trop ce que font les autres, je fais confiance à mon intuition.

Un intérieur se construit dans le temps et dans la durée. Bien sûr je ne suis pas contre placer quelques petits objets dans l’air du temps. J’aime bien commencer par construire un fond de déco assez neutre que je ponctue de couleurs ou de quelques pièces fortes. J’adore mélanger les époques, le vintage, la brocante, le fait main et un peu de contemporain pour le confort bien sûr (canapé, lit, lampes). J’aime beaucoup aussi les touches d’imprimés assez forts types liberty, William Morris, les motifs indiens, les fleurs…

Le travail des mélanges et des nuances est également très important. Jouer avec divers tons de blancs sur différents supports et matériaux. Que ce soit sur les murs ou en accessoirisations. Du blanc optique, blanc cassé, blanc pur, blanc chaud, ivoire, crème … Tous les blancs ensemble déclinés sur des matières différentes : lins, velours, peaux de mouton, toile, gaze… Car cela crée des effets hyper subtils pour une ambiance à la fois douce, cosy et intemporelle. J’aime aussi mélanger les nuances de bois. Jouer avec des choses vieillies, patinées, imparfaites comme de l’orme vintage ou un chêne ancien, faire coexister des matières brutes avec des choses plus raffinées, plus nobles. Comme par exemple mixer de la céramique artisanale et de la porcelaine fine vintage. Décaler les choses les rend toujours plus intéressantes et plus vivantes.

Quelle place accordes-tu au bien-être dans ta vie ? Et comment le priorises-tu, grâce à quelles pratiques ?

 Le bien-être c’est un concept très vaste pour moi qui n’englobe pas uniquement des choses healthy ! J’ai par exemple, une passion pour les bons vins rouges (la cuvée Château Toulouse-Lautrec du Château Malromé est excellente) et le fromage bien affiné, je dirai que je suis plus « épicurienne-naturo ou épicurienne healthy » !

En revanche, le bien-être c’est vraiment quelque chose à cultiver au quotidien. Ça passe par exemple par se préparer tous les jours un petit déjeuner avec une jolie vaisselle, harmonieuse, un chia pudding bien dressé avec des fruits bio de qualité, un thé vert fumant dans une tasse qui me plait, et surtout que ce mélange crée une harmonie. En réalité, c’est tout un art de vivre qui fait appel à nos différents sens : que cela sente bon, que ce soit agréable à regarder, en effet, le plaisir des yeux est très important pour moi, que les papilles soient régalées… Et bien évidement que les produits soient bien sourcés et bien préparés.

Vous l’aurez deviné, j’aime aussi cuisiner, beaucoup de légumes, de racines anciennes, de fruits, de poissons et de coquillages que j’agrémente d’herbes, graines et épices (les Épices Roellinger, mes préférées). Je ne suis pas végétarienne mais je n’ai plus vraiment de plaisir à manger de la viande, je dois en manger 4 ou 5 fois par an. Je cuisine à l’instinct avec ce que j’ai à disposition. Une de mes passions est de confectionner des confitures épicées. Quand on cuisine l’état est assez proche d’un état méditatif de pleine conscience. D’ailleurs j’ai remarqué que lorsque je cuisinais en mauvaise forme, stressée ou pas concentrée, mes plats étaient moins bons ! D’où l’importance de cultiver une forme de bien-être au quotidien.

Il y a 4 ans, grâce à Lili Barbery, j’ai découvert le yoga Kundalini. Si je ne le pratique pas tous les jours, c’est une spiritualité qui fait écho en moi, un outil de bien-être incroyable auquel je recours plusieurs fois par mois, dès que le besoin se fait sentir. C’est devenu un véritable pilier de mon hygiène de vie. Je suis également très à l’écoute des énergies, du magnétisme, des signes… Notre corps nous parle, c’est génial d’avoir les clés pour décrypter tous ses messages !

Tu as été chargée de refaire la décoration des parties privées, du restaurant ainsi que de la création de la salle de yoga et de la cabine de soins Holidermie en vue des séjours bien-être proposés au Château. Quelles sont tes inspirations, ton ressenti par rapport à l’énergie du lieu, ta pièce préférée, les marques que tu as souhaité mettre en avant… ?

Au Château Malromé, le principal challenge était de créer une passerelle esthétique entre les parties ultra contemporaines refaites il y a quelques années et l’aile historique pleine de charme et restée dans son jus.

Après réflexion, pour que tout coexiste au mieux, je me suis dit qu’il fallait intégrer des éléments vintages dans les parties contemporaines, et quelques touches design dans les parties historiques. Mes pièces préférées sont le petit salon blanc et la chambre 6, mais à mon avis la chambre 7 sera ma préférée dès qu’elle sera terminée car elle a tout pour me plaire : située au 2ème étage de la tour, la vue donne sur les bois et le potager en permaculture. Le papier peint aux imprimés de William Morris orne les murs et la salle de bain refaite intégralement dans une inspiration vintage château, le tout dans des nuances, poudre, blanc, terre.

Pour avoir passé plusieurs nuits dans la maison, je trouve qu’on s’y sent extrêmement bien. L’endroit est calme, hyper apaisant, entouré de vert, de vignes et de bois, j’ai eu un vrai coup de cœur pour l’énergie du lieu quand je l’ai visité la première fois, il y a un an. J’ai eu beaucoup de chance car Mélanie et Amélie (NDLR : Huynh, les propriétaires du Château) m’ont fait confiance et laissée très libre.

Comment as-tu pensé cette atmosphère idéale et propice aux séjours bien-être ?

J’espère qu’elle est propice, il y aura toujours des améliorations et des choses à ajouter ! Pour l’instant, il y a du super matériel pour la musique, pas mal d’éclairages doux et indirects, des bougies et de la sauge un peu partout, des livres à disposition, une magnifique salle de yoga lumineuse, un espace soins, bientôt un potager et une piscine, du bon linge de maison en lin et une literie de compétition, une batterie de cuisine-équipement-robots aux petits oignons, un mélange de vaisselle en terre de fer, de l’argenterie dépareillées, de la vaisselle en céramique contemporaine, des superbes couleurs de nappes et serviettes en lin lavé, des petits bouquets par-ci, par-là, des dizaines de bougies… Bref le combo parfait pour dresser des tables poétiques !

Je pense que ce qui est pas mal aussi c’est la répartition des espaces : un grand salon et un petit salon sans oublier toutes les terrasses hyper confort, quand on est 15 à 20 dans une maison c’est essentiel de ne pas se retrouver systématiquement dans la même pièce !

Il y a donc deux espaces canapés, deux tables de travail-jeux-loisirs créatifs. Sinon pour le détail :  j’ai banni tous les éléments en plastique et acheté un maximum made in France ou au moins dans des sociétés françaises. J’ai également chiné pas mal de vintage et de l’artisanal. J’ai plus de mal à placer des objets décoratifs sans sens ni utilité véritable, j’aime les choses utiles.

As-tu pu goûter les produits proposés par le Château ?

Oui je pense que j’ai quasi tout gouté avec Mélanie et l’équipe. J’adore évidement le vin de Malromé et la sélection food vendue à la boutique qui accompagne parfaitement un bon verre de vin rouge, les petits bocaux de houmous sont dingues, sans parler du miel des ruches de Malromé que je prends chaque matin au petit déjeuner ! J’ai vraiment hâte de découvrir très bientôt le nouveau restaurant !

Peux-tu enfin nous parler de ce qui a été mis en place pour suivre le souhait du domaine de transitionner vers le bio ?

En effet, pour favoriser l’écologie et le bio un bon nombre de petites actions ont été mises en place, parmi lesquelles :

– un tri sélectif obligatoire et notamment un bac à compost pour le potager

– une mise à disposition de gourdes en verre pour éviter les bouteilles plastiques

– l’installation de grands flacons en verre à pompe à disposition pour remplacer les traditionnelles miniatures de produits d’hygiène

– du café en grain pour remplacer les capsules

– l’utilisation de matières naturelles, rien en plastique même pas dans la cuisine, pas de revêtements Téflon

– du linge en matière naturelle uniquement (lin ou coton, bio si possible)

– des peaux de mouton bio venant de fermes hyper engagées pour les animaux

– des bougies vierges naturelles et sans odeur

– du métal pour les salons de jardin

– la végétalisation progressive des terrasses et des intérieurs

– on mise sur la circularité des meubles et objets : ce qui a été enlevé a été vendu ou donné (et pas déposé sans utilité dans une remise), un maximum de choses achetées est de seconde main

– un potager en permaculture

– les bois ont été ouverts pour profiter de la nature et d’une pleine immersion dans la faune et la flore locale

– passage de la culture des vignes au bio

Compte Instagram : @jane.brun @janeisinthekitchen

Crédit photo : @anakaphotos