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Bruno Lacoste, Œnologue du Château Malromé

S’il n’est pas originaire d’une famille de tradition viticole, Bruno Lacoste a tout de même découvert le vin grâce à des repas familiaux. Rencontre avec cet expert en vin de 46 ans qui, après 20 ans de métier, est toujours passionné d’œnologie.

Pouvez-vous rapidement présenter votre parcours ?

Après mes études à Bordeaux, j’ai directement débuté dans le conseil en œnologie au service de Michel Rolland – le gourou du vin mondialement connu et surnommé le « roi de l’assemblage » – jusqu’à me mettre à mon compte en tant que consultant.

Lorsqu’on on est issu d’une propriété familiale, on s’intéresse bien souvent en priorité à son exploitation dont on devient expert. Le fait de venir de l’extérieur du monde du vin m’a aidé à acquérir une vision globale de l’œnologie. En effet, durant ma première carrière, j’ai eu la chance de pouvoir travailler partout dans le monde : en Europe (Espagne, Portugal…), mais également en Argentine, grande terre de tradition viticole, ainsi qu’au Brésil dont les vins peu exportés sont moins reconnus chez nous.

Comment êtes-vous devenu l’œnologue du Château Malromé ?

Je collaborais avec Charles Estager à Lalande-de-Pomerol. Ce dernier m’a demandé de l’accompagner dès qu’il a pris les rênes de Malromé. J’ai ainsi eu la chance de faire partie du projet dès le début en 2013.

Nos échanges sont permanents : prise en compte de la météo annoncée, tour de vignes ensemble pour suivre l’évolution du raisin ou encore prendre les décisions de date de vendange. Je passe au domaine toutes les semaines pour goûter les raisins, leurs jus et piloter l’élaboration.

Que représente concrètement cette fonction ?

J’assure un support technique pour les nombreuses propriétés avec lesquelles je travaille (Gironde, Languedoc, Gerses, Espagne…). Je conseille actuellement 35 propriétés sur la conduite du vignoble de façon à assurer de l’élevage du raisin et du vin dans les meilleurs conditions (date de récolte, élaboration, vinification, adapté à l’objectif final, assemblage…).

Au quotidien, cela représente beaucoup d’observations. Il faut être très attentif au développement de la vigne et du raisin pour comprendre la matière première qu’on va utiliser et s’adapter chaque année car le fruit diffère en fonction de la météorologie et de la climatologie.

Que vous évoque l’histoire du Château Malromé et quelles sont les spécificités de son vin ?

Il me semble utile de rappeler au préalable que le vin a toujours été présent dans l’histoire des civilisations, mais pas forcément tel qu’on le conçoit aujourd’hui. En effet, le vin que nous buvons aujourd’hui n’a rien à voir avec le vin que buvaient nos ancêtres et diffèrera très certainement de celui que boiront les générations futures !

À cela, il ne faut pas oublier que chaque vin s’adapte à la topographie locale ! Avec son environnement vallonné, le domaine Malromé a une topographie singulière pour la Gironde et un microclimat original pour le Bordelais. Nous prenons évidemment en compte l’historique de la propriété et nous nous attachons à travailler les vignes laissées par les anciens ainsi qu’à en replanter des nouvelles.

Aujourd’hui, nous avons notamment pris conscience des dérives qui ont eu lieu dans les années 70-80 concernant les apports de produits chimiques dans les vignobles. Nous cherchons en priorité à préserver l’environnement et ceux qui travaillent sur les exploitations.

Vous avez mentionné le vin des générations futures, comment envisagez-vous l’avenir ?

Pour prévenir au mieux le changement climatique, nous allons tester de nouveaux cépages car les vignobles bordelais – souvent constitués de Merlot – sont sensibles à la chaleur et risquent de ne pas résister. Dès l’année prochaine, un cépage Portugais – le « Touriga Nacional » sur lequel j’ai eu l’occasion de travailler au Brésil sera planté.